Paul Keres : l'éternel second qui n'eut jamais de chance
- País
- 🇪🇪 Estonie / URSS
- Título
- Grand Maître (GM)
- Nacimiento
- 7 janvier 1916, Narva, gouvernorat d'Estonie (Empire russe, aujourd'hui Estonie)
- Fallecimiento
- 5 juin 1975
- Estado
- fallecido
- ELO máximo
- 2660 · c. 1950–1965 (estimation rétroactive)
S’il y a un nom qui symbolise l’injustice du destin aux échecs, c’est Paul Keres. Pendant près de vingt ans, il fut l’un des deux ou trois meilleurs joueurs du monde, avec un style élégant qui suscita l’admiration universelle. Mais le titre mondial ne vint jamais : quatre fois finaliste du Tournoi des Candidats, quatre fois sans le résultat final. L’histoire des échecs l’appelle l’Éternel Second ou le Prince Héritier.
Qui était Keres
Il est né le 7 janvier 1916 à Narva, une ville frontalière du nord de l’Estonie qui faisait alors partie de l’Empire russe. Il apprit à jouer avec son père étant enfant et progressa en autodidacte, sans presque aucun entraîneur ni accès aux tournois internationaux qui formaient les grands maîtres de l’époque.
Ce que Keres possédait, c’était un talent naturel et une voracité pour le jeu. Adolescent, il participait déjà à des compétitions par correspondance avec des joueurs de toute l’Europe. À 20 ans, il était l’un des meilleurs d’Estonie ; à 22 ans, l’un des meilleurs du monde.
Le tournoi AVRO : la promesse d’une couronne
En 1938, la Radio AVRO des Pays-Bas organisa aux Pays-Bas le meilleur tournoi de l’histoire jusqu’alors : huit joueurs, tous candidats au titre mondial. Participèrent Alekhine, Capablanca, Botvinnik, Euwe, Reshevsky et trois autres. Les deux premiers classés furent Keres et l’Américain Reuben Fine, à égalité.
À 22 ans, Keres était co-vainqueur du tournoi le plus fort du monde. Tout indiquait qu’il serait le prochain grand prétendant au titre.
Puis la Seconde Guerre mondiale éclata, et les échecs — comme le monde entier — furent mis en suspens.
La malédiction des Candidats
Après la guerre, l’Estonie étant incorporée à l’URSS et Keres devenu citoyen soviétique, quatre occasions de décrocher le titre lui échappèrent toujours :
| Année | Tournoi | Résultat | Vainqueur |
|---|---|---|---|
| 1948 | La Haye-Moscou (tournoi du titre) | 3e avec 10,5/18 | Botvinnik |
| 1953 | Candidats de Zurich | 2e (à ½ point) | Smyslov |
| 1956 | Candidats d’Amsterdam | 2e (à égalité) | Smyslov |
| 1959 | Candidats de Portorož | 2e | Tal |
Quatre fois parmi les meilleurs, quatre fois sans être couronné. L’ironie est que dans chaque édition le vainqueur fut différent — ce qui suggère qu’il ne s’agissait pas d’un problème de style mais d’une marge minime que la chance n’accompagna jamais.
Il existe une version moins romantique et plus politique : certains historiens suggèrent que la pression soviétique influença le fait que le champion du monde soit russe et non estonien, et que Keres — qui avait joué dans des tournois pendant l’occupation nazie — fut subtilement « contenu » aux moments décisifs. La théorie est controversée et difficile à prouver.
Le style le plus élégant de son époque
Ce que personne ne conteste, c’est la qualité de son jeu. Keres était un brillant joueur d’attaque — capable de sacrifices d’une beauté que seul Tal surpasse dans l’histoire soviétique — combiné à une technique positionnelle et une résistance en finale qui en faisaient un joueur complet. Ses contemporains parlaient de lui avec une admiration sans réserve : Botvinnik, Smyslov, Fischer et Kasparov le désignèrent parmi leurs grandes influences.
Fischer, peu enclin aux compliments faciles, dit que Keres était « l’un des plus grands de tous les temps ».
Il mourut le 5 juin 1975 à Helsinki, de retour d’un tournoi à Vancouver (Canada), à 59 ans. Son visage orne depuis des décennies les billets de couronne estonienne : la reconnaissance d’une nation envers le meilleur joueur qu’elle ait produit.
Son ADN échiquéen
Dans notre système d’ADN échiquéen, Keres représente le profil de l’attaquant élégant et complet : agression combinée à la technique et à la constance d’un grand champion. Si votre jumeau GM est Keres, votre force réside dans l’attaque brillante et l’universalité ; votre plus grand défi pourrait être l’aspect psychologique dans les moments de pression maximale.
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Preguntas frecuentes
Pourquoi appelle-t-on Keres « l'éternel second » ?
Parce que pendant près de deux décennies, il fut, avec deux ou trois autres joueurs, le meilleur du monde — mais chaque fois que le titre était en jeu, quelqu'un allait un peu plus loin. Il fut vice-champion du Tournoi des Candidats en 1953 (derrière Smyslov), en 1956 (de nouveau derrière Smyslov), en 1959 (derrière Tal), et ne disputa pas celui de 1948 dans les conditions les plus favorables. Certains soulignent également que la pression politique soviétique aurait pu influencer certains de ses résultats, pour qu'un Soviétique (non estonien) remporte le titre.
Que signifie le tournoi AVRO de 1938 pour l'histoire des échecs ?
Le tournoi AVRO (financé par la radio publique néerlandaise) de 1938 réunit les huit meilleurs joueurs du monde à cette époque : Alekhine, Capablanca, Botvinnik, Euwe, Fine, Flohr, Keres et Reshevsky. Keres et Fine terminèrent à égalité en première place. Ce fut le dernier grand tournoi avant la Seconde Guerre mondiale et son résultat fut interprété comme une indication de qui devrait disputer le championnat du monde suivant. La guerre contraria ce plan.
Comment s'explique le fait que Keres ait joué pendant l'occupation nazie de l'Estonie ?
L'Estonie fut occupée d'abord par l'URSS (1940), puis par l'Allemagne nazie (1941-1944), et enfin de nouveau par l'URSS. Pendant l'occupation allemande, Keres joua dans des tournois organisés par les nazis — chose qui, bien qu'étant la seule façon de participer, lui créa des problèmes après la guerre avec les autorités soviétiques. Certains historiens suggèrent que cette situation explique la « pression » qu'il aurait reçue pour ne pas remporter certains tournois des candidats. La question reste débattue.